Que ligne choisir pour pêcher le carnassier ? Tresse, nylon ou fluoro ?

La pêche au lancer est en plein essor depuis deux décennies, notamment la pêche aux leurres. Si l’on est très regardant sur la qualité d’une canne ou d’un moulinet, on l’est parfois moins sur la ligne utilisée. Pourtant, le choix de cette dernière peut s’avérer crucial dans la réussite d’une partie de pêche. Essayons donc d’y voir plus clair, que ce soit en eau douce ou en eau salée !

 Il y a encore une trentaine d’années, le choix de la ligne utilisée était simple et rapide : on n’avait pas le choix ! C’était du nylon, sinon rien. Des générations de pêcheurs ont ainsi pêché durant des décennies sans se poser de questions. De nos jours, les choses ont évolué : le choix s’est diversifié avec la mise sur le marché de la tresse, du fluorocarbone, puis des fils hybrides (mélange de nylon et de fluorocarbone). Le choix de la ligne à utiliser selon les conditions rencontrées peut varier du tout au tout. Ne pêcher qu’avec de la tresse ou qu’en nylon sans se soucier de l’environnement ou du poisson recherché n’est certainement pas une bonne idée, tant la sélection de la ligne utilisée peut impacter vos résultats en action de pêche. Nous allons essayer de décortiquer un peu la question, en prenant l’avis de pêcheurs passionnés qui ne comptent plus les heures passées au bord de l’eau.

La révolution tresse

A la fin du vingtième siècle, l’apparition de la tresse a bouleversé les habitudes des pêcheurs : on pouvait désormais utiliser de petits diamètres de ligne, ce qui permettait de lancer plus loin et de mieux ressentir les touches des poissons en raison de l’absence d’élasticité de ce matériau. Ainsi, tout le monde s’est mis à pêcher en tresse en l’espace de quelques années, délaissant l’utilisation du nylon qui tomba pratiquement en désuétude sauf sans doute en eau douce chez les pêcheurs de truites. La mode a ainsi été suivie bien souvent sans réflexion préalable très curieusement. En observant ce qui s’est passé, on pourrait se dire que si les pêcheurs de truites se sont montrés réticents dans l’utilisation de la tresse, il y avait peut-être des raisons. Personnellement, j’utilise la tresse en grande rivière pour la truite, mais dès qu’il s’agit de pêcher les petits cours d’eau, je privilégie le nylon ou un fil hybride comme le Texcellium Powerline par exemple. Il résistera beaucoup mieux au frottement, ce qui arrive fréquemment quand on pêche des milieux encombrés et vrillera beaucoup moins qu’une tresse si par moment vous pêchez à la cuiller tournante. De nos jours, ne pas pêcher en tresse est devenu exceptionnel. Essayons de voir objectivement quels sont les avantages et les inconvénients des trois principales lignes que l’on peut utiliser : la tresse, le nylon et le fil hybride. A partir de là, nous verrons quels sont les environnements les plus propices à leur utilisation, et ceux qui au contraire ne s’y prêtent pas.

Comment choisir sa ligne pour la pêche ? Nylon, fluoro ou tresse ?
Les pêcheurs de truites sont venus tard à la tresse contrairement aux pêcheurs de carnassiers.

Le nylon : toujours là !

Le nylon a été le premier à garnir les bobines de nos moulinets pour tous ceux qui ont commencé à pêcher avant les années 90. Ses principaux avantages sont une très bonne résistance à l’abrasion, une élasticité permettant de compenser certaines erreurs commises lors d’un combat et donc moins de poissons décrochés. Il a par contre les défauts de ses qualités : moins de sensations, un maniement du leurre moins précis, et des distances de lancer limitées surtout en pratiquant en eau salée. La tresse apparue par la suite est tout son contraire : une grande rigidité, une grande fragilité dans un environnement rocheux, une utilisation plus compliquée par grand vent (risque de perruques), de grandes facilités dans la détection des touches, et enfin, de plus grandes distances de lancer, ce qui en fait chez beaucoup de pêcheurs le principal argument d’achat. Depuis quelques années, sont apparus les fils hybrides qui combinent les avantages d’un nylon et d’un fluorocarbone : on obtient un fil bien plus résonnant, plus rigide, tout en restant plus discret que la tresse ou même un nylon sous l’eau. Le fluorocarbone qui n’est pas fait pour être utilisé comme corps de ligne, ne fera pas l’objet de plus d’attention que ça. On peut seulement s’étonner de sa réputation concernant l’abrasion, car mis à part l’utilisation en gros diamètre (plus de 80 centièmes) pour résister aux dents d’un brochet, son utilisation en tête de ligne sur des zones accidentées n’est pas forcément recommandée. Un bas de ligne en nylon sera bien plus résistant en milieu rocheux par exemple, c’est d’ailleurs ce qui amène de nombreux pêcheurs de carpes à utiliser du nylon sur leur bas de ligne lorsqu’ils évoluent en milieu encombré.

Pêche profonde et grandes distances de lancer : avantage tresse

De nos jours, de nombreux pêcheurs pratiquent en eau profonde, ce que je déplore personnellement concernant le bar ou le denti car les pauvres poissons n’ont plus aucune zone de tranquillité désormais. Même si quelques-uns essaient de se donner bonne conscience en relâchant une partie de leurs captures, ces pratiques en eau profonde induisent des blessures occasionnées chez le poisson, parfois volontaires (exemple de la pratique du fizzing qui consiste à percer la vessie natatoire d’un poisson avec une aiguille avant sa remise à l’eau) qui compromettent quand même fortement ses chances de survie. Pour revenir au sujet, il faut bien admettre que la tresse est la plus recommandée dans ce type de pêche : de biens meilleures sensations dans la conduite du leurre sous l’eau, ainsi qu’une meilleure perception des touches. On peut citer deux tresses qui sortent du lot pour ces pratiques : la Abysses (Powerline) pour la pêche en mer et la Hard Type (Gosen) particulièrement recommandée pour pêcher le sandre en verticale. Autre lieu où la tresse est incontournable : la pêche en plage lorsqu’il est nécessaire d’atteindre de grandes distances de lancer. On pense de suite à la pêche dans les baïnes du Sud-Ouest où la distance atteinte permet ou pas de toucher du poisson dans certaines configurations, notamment lorsque les bars se postent derrière la troisième vague. Il peut cependant être aussi nécessaire de devoir atteindre de grandes distances de lancer en Méditerranée, notamment lors de coup d’est où l’on est obligé de pêcher en retrait si l’on ne veut pas se faire emporter par la première grosse vague venue. Les tresses les plus adaptées doivent alors être caractérisées par une excellente glisse, et un profil vraiment rond : les tresses Upgrade X8 (YGK) ou Berkley Sick PE (8 brins) en possèdent les caractéristiques indispensables. Ces tresses en 8 brins sont plus soyeuses et glissent mieux que des tresses en 4 brins, notamment la Berkley qui bénéficie d’un revêtement Nano pour une meilleure fluidité et une résistance accrue. Cependant, les tresses en 4 brins ne doivent pas être oubliées si vous pêchez la truite ou les carnassiers en rivière encombrée notamment la perche ou le sandre : elles seront plus résistantes à l’abrasion qu’une 8 brins et ne pénaliseront pas le pêcheur pour la distance de lancer car en rivière, elle fait rarement la différence sur la truite. La référence dans ce domaine reste la Varivas Highgrade PE qui est au-dessus du lot.

Pêche fine ou milieu ouvert : la solution hybride

Les pêches fines, courantes en eau douce, sont aussi pratiquées en mer : ce peut être le cas lorsque vous pêchez une plage par mer belle ou peu agitée, une embouchure aux eaux claires avec un débit faible ou bien encore en étang par vent faible ou bien dans un grau. En résumé : toutes ces situations où la plupart des pêcheurs ne « sortent » pas sous prétexte qu’il n’y a rien à prendre. Vous l’aurez compris, ces pêches là requièrent une grande discrétion, tant du pratiquant que de la ligne dans l’eau. Ainsi, dans la journée, il sera largement préférable de pêcher sans utiliser de tresse : prenez donc un masque de plongée sous-marine, et observez une tresse et un nylon ou un fil hybride sous l’eau. Vous comprendrez de suite la raison de ce choix ! A quelques mètres, nylon et fil hybride deviennent déjà invisibles, la tresse quant à elle, se voit comme le nez au milieu de la figure. Ensuite, le diamètre a aussi une grande importance. Ne vous imaginez pas prendre du loup sur du 30/100ème dans ce genre de pêche. Il va falloir descendre en 20 ou en 18/100ème pour parvenir à ses fins, mais alors quelle récompense quand un loup se laisse séduire dans de telles circonstances ! Les fils hybrides conseillés seront le FHP et le Polyvilon (Parallélium), le Texcellium (Powerline) qui sont tous trois d’excellente facture, et permettent de descendre en diamètre sans problème de mauvaise surprise si l’on prend soin de ses nœuds. Il m’est arrivé de prendre du loup en descendant en 16/100ème avec ce type de ligne, et je n’ai jamais eu le moindre souci, il suffit d’être un peu patient et de bien régler son frein au préalable. De nuit, on peut continuer à pêcher sur du fil hybride, mais l’on peut aussi passer en tresse si l’on craint de passer à côté de poissons tatillons. La vue des poissons se trouve diminuée par l’obscurité et nous permet de pêcher différemment. Pêcher fin ne sert plus vraiment à grand-chose après le crépuscule. Ceci dit, un pêcheur habitué à pratiquer avec un fil hybride sera aussi très à l’aise dans le ressenti des touches. N’oublions pas que l’action de la canne a aussi une grande importance dans ce dernier aspect.

Texcellium

Pêche par grand vent dans milieu encombré : le nylon s’impose

Pour être précis, je veux parler ici de la pêche du bord en côte rocheuse. Cette dernière s’exerce bien souvent avec des conditions de mer et de vent affreuses, au point que l’on se demande parfois ce que l’on fait là. Je suis sûr que ce genre de questionnement vous a aussi traversé l’esprit si c’est une pêche que vous avez l’habitude de pratiquer. Toujours est-il que lorsque l’on y est, et qu’il faut braver les éléments, autant essayer de s’équiper de manière optimale dans cette pêche ! Je me souviens d’un pêcheur avec qui j’ai eu l’occasion de faire pas mal de sorties dans ces conditions en Méditerranée. Pour planter le décor : eau très claire (parfois visibilité de plus de 10 mètres), mer agitée, fort vent de côté. Ce dernier avait pour habitude de pêcher en tresse invariablement (plus confortable d’après lui), tandis que je pratiquais en nylon (moins confortable d’après moi !). Sur une quarantaine de sorties communes en quelques années, nous avons pu comparer nos résultats de façon relativement fiable : en moyenne, je touchais deux fois plus de loups que lui, tandis que j’en décrochais moins lors des combats qui sont toujours âpres dans cet environnement. Je vous laisse évaluer la différence à la fin d’une saison de pêche. Tout ceci sans compter qu’il a systématiquement perdu tous les gros poissons tenus en ma compagnie : la tresse et la roche ne font pas bon ménage. Tout ça pour dire que c’est une erreur de pêcher en tresse dans toutes les conditions rencontrées (tout comme en nylon d’ailleurs) et qu’il ne faut pas hésiter à changer son fusil d’épaule même en recherchant le même poisson ! Pour le cas du loup cité ci-dessus, si vous pratiquez en étang salin, une tresse 8 brins aura plus d’avantages qu’un nylon par contre ! On parlera rapidement de la pêche en casting qui n’est réellement pratiquée au lancer que pour les pêches fortes du brochet dans notre pays et c’est vrai qu’elle ne représente pas un réel avantage pour rechercher d’autres poissons en lancer/ramener. Les avis divergent concernant la ligne à utiliser : la tresse et le nylon se partagent les suffrages, et c’est vrai que les deux ont des avantages intrinsèques (résistance, perruques, distances de lancer). Notons cependant qu’en verticale, il peut être intéressant d’utiliser un moulinet casting qui permet de mieux s’adapter avec plus de réactivité à un fond irrégulier. 

Un bas de ligne de gros diamètre est nécessaire pour le brochet.

Eging : une tresse adaptée !

La pêche des céphalopodes est populaire en mer, qu’elle soit pratiquée depuis la côte ou à bord d’une embarcation, en utilisant la technique bichi-bachi consistant à manier violemment la turlutte entre deux pauses plus ou moins prolongées selon l’humeur des squids. Le choix de la tresse est très important dans cette pêche, bien plus qu’il n’y parait. En effet, des modèles marqués tous les mètres, avec un changement de couleur régulier (par exemple tous les cinq mètres) sont à recommander. Bien souvent, les seiches ou calamars font des touches à peine perceptibles : juste un infime déplacement de la tresse indétectable avec une tresse unicolore. Il est donc conseillé d’utiliser des modèles aux couleurs bien visibles (jaune, orange ou vert fluorescent par exemple) et si possible marqués. De nombreuses marques proposent des produits dédiés à cette pratique, il suffira de penser aux critères énoncés ci-dessus quand vous devrez faire votre choix.

Des tresses spécifique existent pour la pêche du calamar.

Vous le voyez, les choix de ligne se révèlent nombreux, et il n’est pas toujours facile de s’y reconnaître tant l’éventail est fourni dans le commerce. Ce petit condensé a seulement pour but de vous aider à y voir plus clair dans votre choix lorsque vous irez rendre visite à votre détaillant d’article de pêche.

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