Comment pêcher le bar et le loup aux leurres de surface en mer

Le bar, aussi appelé Loup sur les côtes méditerranéennes, est un prédateur marin emblématique de l’hexagone. Il répond à un large panel de techniques, du bord ou en bateau. Les leurres et notamment les poissons nageurs se sont largement fait une place dans les boîtes des pêcheurs en mer. Parmi cette pléthore de poissons nageurs on retrouve les leurres dits « de surface », les topwater.

Depuis plus de deux décennies maintenant, les leurres de surface ont fait leur réputation notamment en ce qui concerne la pêche du bar ou loup. La famille des leurres de surface est très vaste. Parmi toutes ces techniques, une pêche reste reine pour son efficacité et les sensations qu’elle procure : la pêche aux leurres de surface ou pêche en topwater Ces leurres durs, qui évoluent à la limite entre l’eau et l’air, sont ludiques et permettent de voir les attaques du leurre sous nos yeux. Ils ne procurent pas seulement de grosses montées d’adrénaline, ils sont aussi redoutables d’efficacité. Dicentrarchus Labrax répond très bien à ces leurres. Voyons ensemble cette technique de base pour traquer le bar.

Un jolie loup de rivière capturé sur un topwater coulant (le culte Watermonitor d’Illex)

Leurres topwater pour la pêche du bar

En anglais « Topwater » se traduit par surface de l’eau. Ils désignent les poissons nageurs (leurres durs) tels que les stickbaits, pencil, propbait et popper. Nous n’évoquerons pas les leurres souples évoluant à la surface en buzzing, buzzbait et cuillère à flapper, dont l’utilisation reste assez anecdotique pour le bar. Les leurres de surface ou topwater évoluent à la surface ou juste sous la pellicule d’eau, simplement par flottaison ou en remontant à la surface par portance. Car tous les leurres évoluant à la surface ne sont pas flottants, loin de là. Un leurre topwater (leurre de surface en anglais) est un leurre qui évolue à la surface de l’élément liquide. Le chemin le plus court pour concevoir un leurre de surface est de créer un leurre dont la densité est plus faible que celle de l’eau. Ainsi, le leurre flotte. Les leurres coulants ont la caractéristique d’être plus denses que l’eau, c’est-à-dire d’avoir une masse volumique supérieure à 1 gramme par centimètre cube.

Le LudSucker d’Illex possède une sonorité grave

Les stickbaits flottants

Ils sont les plus couramment utilisés. Ce sont des leurres flottants, dont la densité est moins grande que celle de l’eau. A l’arrêt, ils restent à la surface sans couler. Ils n’évoluent qu’en surface, possèdent une nage ample. Ils présentent le grand avantage de pouvoir être ramenés très lentement ou de faire des pauses. Le leurre restera toujours en vue et pêchant à la surface. La nage de base de ce type de leurre est le « walking the dog » ; une nage en zig zag, rythmée par la récupération au moulinet et le scion. La cadence est à adapter en fonction du leurre, de sa taille et sa masse. Le walking the dog est une animation assez facile à réaliser avec un stickbait flottant, pour apprendre à maitriser l’animation.

Les popper et propbait

Il s’agit de leurres de surface plus bruyants, qui utilisent d’autres conceptions pour être pêchant. Le popper, avec sa gueule biseautée émet un son caractéristique, un « pop » et des éclaboussures qui attisent l’agressivité des prédateurs. Ce leurre sonore attire les carnassiers de loin et simule un petit poisson chassé en surface.

Le propbait émet lui aussi de nombreux stimuli visuels et sonores grâce à une ou plusieurs hélices. Citons le Big Big de Ragot, leurre mythique designé par feu Monsieur Ange Porteux, à la pointe de l’innovation et du développement des leurres de surface pour le bar. L’hélice du propbait se met en mouvement lors de la récupération. Il génère un nuage de bulles et un bruit en surface qui attire là encore les bars.

Ces types de leurres sont très pêchant quand la mer est agitée ou qu’il y a du vent. Les poissons repèrent bien ces leurres bruyants, même quand ils évoluent relativement profonds.

Les topwater coulants

Parmi les leurres « topwater » (surface), on retrouve des leurres topwater coulant ! Ces deux termes qui peuvent paraitre antagonistes cachent des leurres qui combinent des atouts remarquables. Ceux-ci évoluent en surface et ce n’est pas grâce à leur flottaison et ni grâce à leur densité plus faible que l’eau… Décortiquons ensemble les caractéristiques et points forts de ces leurres diablement pêchant ! Il y a beaucoup à dire sur ces leurres techniques et souvent moins exploités.

Pour obtenir un leurre de surface coulant, ou plutôt un leurre coulant évoluant à la surface, il va falloir jouer sur la forme du leurre. En effet, à l’arrêt, le leurre ne flotte pas, il coule. Il va donc évoluer à la surface lors de la récupération avec le moulinet. Sa forme et la pression de l’eau qui s’exerce sur le corps du leurre le fait remonter et évoluer à la surface. Par ailleurs, outre le fait d’évoluer à la surface, un topwater coulant est souvent un subtil équilibre entre la masse, le volume, la forme, la position des lest et œillets…

Ces leurres denses possèdent plus d’inertie qu’un leurre flottant léger, il faut donc les ramener assez rapidement et/ou imprimer des animations sèches pour les mettre en mouvement. Ces leurres possèdent souvent une section ronde ou légèrement ovale (rarement plate verticalement) afin d’offrir de la portance dans l’eau et remonter en surface. Toujours dans l’idée de remonter à la surface et de se mettre facilement en mouvement, les topwater coulants ont un « ventre » légèrement arrondi en banane. Le centre de gravité (point d’équilibre du leurre) est souvent situé au milieu ou vers l’arrière. De cette façon, le « nez » du leurre a tendance mécaniquement à être orienté vers le haut (l’arrière du leurre vers le bas) et à remonter le leurre vers la surface lorsqu’on mouline.

En mer, les leurres de surface coulants utilisés sont la plupart du temps des stickbait ou pencils, des poppers ou des flapper. Ils sont dépourvus de bavette qui les faits descendre dans l’eau (ils n’en ont pas besoin) à l’exception d’un nouveau leurre révolutionnaire : les riserbait d’Illex. A eux seuls, ils constituent une nouvelle catégorie de leurre de surface en flapper et stickbait. Il ne faut pas les confondre avec des lipless minnow (poisson nageur effilé sans bavette) qui ne sont pas conçus pour évoluer à la surface. Leur forme est plus pointue, le ventre droit possède souvent un plat pour provoquer un rolling serré à la descente et ils ne possèdent souvent qu’un hameçon en queue… Ils s’apparentent plus à un jerkbait.

Mais revenons à nos topwaters coulants ; en pêche qu’apportent-t-ils vraiment ?

Le Riserbait d’Illex est révolutionnaire grâce à sa bavette inversé qui le fait évoluer en surface

Des leurres denses

Les topwater coulants sont par définition plus denses que les leurres flottants. Ils ne permettent pas des animations trop lentes, sinon ils coulent et ne pêchent plus très bien. C’est à peu près leur seul défaut.

Qui dit leurre dense dit masse élevée pour un volume restreint. C’est justement ce qu’il faut pour lancer loin voire très loin. Le gros avantage des topwaters coulants, c’est qu’ils se lancent très loin, même face au vent. La densité du leurre, couplée à la forme aérodynamique et effilée permet d’atteindre de longues distances.   C’est d’autant plus vrai que le centre de gravité du leurre est centré, voire vers l’arrière.  C’est un plus indéniable pour atteindre des chasses ou prospecter beaucoup de terrain lors de pêches du bord.

La densité des topwaters coulants fait qu’il évolue subtilement en surface, juste sous la pellicule. Ils ne font pas de vagues et remous exagérés et évoluent naturellement. C’est un vrai plus sur des poissons difficiles, notamment sur les bars et loups. Ils déclenchent plus facilement des attaques sur des poissons peu en proie à se découvrir en attaquant un leurre évoluant trop en surface. Par ailleurs, les poissons repèrent bien le leurre d’en dessous (c’est la force de tous les topwater), mais aussi sur les côtés.

Enfin, leur inertie fait qu’ils supportent bien les animations rapides sans décrocher et tout en étant pêchant. C’est particulièrement vrai pour les cuillères à flapper (flapper) ou certains stickbaits qui génèrent des attaques réflexe chez le bar.

Outre les loups, les surprise sont nombreuses (petite liche amie).

Pêche de bar en surface

Les bar et loups sont les premières cibles des pêcheurs aux leurres en mer. Bien présents sur toutes les côtes de l’hexagone, ils sont réceptifs à de nombreux types de leurres. Les leurres de surface font partie des classiques pour la pêche du bar depuis maintenant une trentaine d’années grâce à l’ingéniosité de certains pionniers comme Ange PORTEUX. Ces leurres de surface ont connu de nombreuses évolutions comme notamment le travail sur la densité.

Je conseille les leurres flottants, sitckbait, popper ou propbait au débutant car ils sont faciles à faire nager et ludiques à travailler. Ils sont qui plus est très efficaces lorsque la mer est calme, pour les étangs et estuaires ou lorsqu’il faut animer le leurre lentement entrecoupé de pauses. Suivant l’humeur du poisson, on peut jouer sur les types de leurres et leurs caractéristiques propres pour trouver ce qui fonctionne le mieux.

Pour les stickbaits, on pourra aussi habilement jouer sur la sonorité du leurre. En effet, ces leurres évoluent en surface relativement discrètement et sont souvent équipés de billes. Certains possèdent des petites billes de verre qui émettent un son cristallin, d’autres possèdent une ou deux billes « lourdes » qui émettent des sons graves et sourds, qui portent plus loin dans l’eau. Ces sons, en complément du visuel, permettent au poisson de localiser votre leurre ou de déclencher l’attaque. Attention à ne pas en abuser, car sur certaines zones réputées, les poissons éduqués assimilent ces billes à un danger.

Les stickbaits et pencils coulants sont redoutables en complément des topwaters plus classiques, particulièrement quand les bars sont difficiles et n’attaquent pas franchement en surface. Les topwaters coulants évoluent juste sous la pellicule en surface. Par ailleurs, ils génèrent moins de remous et vagues qui sont à certains endroits perçus par les bars comme des excédents de stimuli qui trahissent le leurre. Le topwater coulant combine un réalisme poussé et subtil, et une présence en surface très pertinente sur les bars et loups.

Dans tous les cas de figures, lorsque le poisson s’empare de votre leurre ferrez avec un léger retardement. L’idéal étant de déclencher le ferrage lorsque l’on ressent la touche ou un poids dans la ligne. En effet, les bars et loups peuvent se révéler assez maladroits et ferrer à vue offre beaucoup de ratés. Il n’est pas rare qu’un bar s’y reprenne à plusieurs fois avant de se piquer. C’est particulièrement vrai pour les topwaters coulants qui évoluent assez rapidement et sont plus difficiles à saisir.

Les postes clefs pour pêcher le bar

Les postes à prospecter en priorité sont les estuaires et étangs littoraux. Ils offrent un refuge et lieu de chasse pour les bars. Ces postes sont parfois jonchés de bois morts, herbiers et déchets qui rendent les pêches autres qu’en surface délicates. Les petits mulets et anthérines sont des proies régulières des bars que les topwaters coulants imitent à la perfection.

Les étangs au coup du soir sont très bons à pêcher en surface.

Outre ces zones d’eau saumâtre, les côtes rocheuses ou sableuses se prêtent aussi à l’utilisation de topwater. Quand la mer est agitée et qu’un vent de face vient frapper les côtes rocheuses, les topwaters coulants permettent de mieux tenir dans les vagues et la houle et se lancent loin même face au vent. Le bar aime chasser dans l’écume les petits poissons de roche, petits sparidés et mulets qui se nourrissent lorsque la mer est en mouvement. Il en est de même depuis les plages où les topwaters permettent de peigner les baïnes.

Marc au prise avec un loup capturé à une embouchure.

En bateau, on pourra concentrer ses efforts sur les pics et remonter, où le courant s’accélère et où les bar aiment chasser.

En atlantique, à marée, basse, la pêche en topwater offre des très bons résultats dans les grands bassins et ruisseaux provoqués par la baisse temporaire du niveau. Les bars aiment se nourrir dans les hauts fonds, entre les « patates » rocheuses et les algues comme le varech.

Cannes et moulinets adéquats pour la pêche du bar en topwater

Dans ces exercices, une canne spinning de 2.10m à 2.50m permet de lancer loin et de pêcher canne basse. La canne basse permet d’animer correctement le leurre en walking the dog et d’offrir le moins possible de bannière au vent. Elle devra avoir une puissance Medium à Medium Heavy (15 – 40 grammes) pour lancer de manière appuyé votre leurre. Car avec l’emploi d’un leurre topwater, on cherche les longues distances de shoot, du bord comme en bateau. La pointe doit être nerveuse et la canne doit posséder une action fast à extra fast. Cela permet d’animer à la baguette votre leurre et de ne pas avoir de flou dans l’animation. Chaque coup de scion de votre part doit être retranscrit en un mouvement propre de votre leurre. Pour les mettre en mouvement facilement et proprement, chaque action du pêcheur (coups de poignet, jerk, twitch, walking the dog…) doit être retransmise au leurre. Si la canne absorbe les animations, il faudra forcer les mouvements et cela affectera le plaisir, le confort et impactera la nage du leurre qui sera moins pêchant.

Un moulinet de taille 2500 à 3000 à fort ratio de récupération est préconisé. Il permet de récupérer rapidement l’excédent de bannière et de mieux réaliser les animations du leurre. Les topwaters coulants offrent finalement assez peu de résistance dans l’eau (ils sont dépourvus de bavette) et permettent l’emploi d’un moulinet haut ratio (qui possède moins de couple et donc de force qu’un moulinet à ratio intermédiaire). Ce type de moulinet à récupération élevée permet de mieux gérer la bannière, notamment les jours de vents et offre la possibilité de garder plus facilement le contact avec le leurre. Une fois le leurre lancé et que celui-ci touche l’eau, il faut vite récupérer le mou de bannière et avoir un placement de bannière/ligne le plus droit et direct possible.

En adéquation avec le fait de faire obéir le leurre à chaque action du pêcheur, l’usage d’une tresse est recommandé. La tresse présente l’avantage d’être plus fine à résistance égale qu’un nylon ce qui permet de lancer plus loin. Par ailleurs, la faible élasticité de la tresse permet au leurre d’être plus réactif à la moindre animation imprimée par le scion ou le moulinet. On choisira une résistance comprise entre 12 et 18lbs (PE 0.6 à PE 1.2). Une pointe en fluorocarbone offre la discrétion nécessaire à la capture du méfiant labrax.

Vous voici maintenant paré à tenter le seigneur de nos côtes dans une pêche très ludique. Outre les bars, certains prédateurs comme les barracudas, tassergals ou encore la liche sont très réceptifs au leurre de surface et les surprises sont courantes.

Penser à relacher ce poisson (trop pêché) pour les générations futures.
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