Pêche à la carpe : gérer correctement son amorçage de printemps

Voici une question à laquelle il est difficile de répondre de façon précise tant le printemps peut être une saison aléatoire et incertaine. Les journées qui se rallongent, la nature qui reprend son éveil suite à de longs mois d’engourdissement hivernal sont autant de paramètres qui nous poussent à la précipitation, sentant arriver les beaux jours, nous en oublierions presque que la nature n’en est qu’à son réveil et que beaucoup de paramètres peuvent venir perturber notre enthousiasme précoce.

 

Amorçage carpe au printemps
La fraie et une météo instable peuvent rapidement rendre les détecteurs muets !

Quand la météo joue les troubles fête !

Le dicton le dit pourtant bien, « en Mai fais ce qu’il te plaît », néanmoins, malgré nos envies de pêche et de combat avec nos partenaires de jeu, nous restons tributaires de la météo et de plusieurs facteurs qui peuvent perturber nos sessions printanières. La météo joue un rôle prépondérant au printemps, malgré une nature qui reverdit de jour en jour, et la reprise de la vie qui nous entoure, le moindre coup de froid brutal peut facilement replonger tout ce petit monde dans une torpeur hivernale. Le dérèglement climatique a sûrement sa part de responsabilité dans l’instabilité du printemps car les printemps d’aujourd’hui n’ont plus rien à voir avec ceux d’hier. Il y a une dizaine d’années en arrière, une fois le week-end de pâques passé et les œufs ramassés à plein panier, le beau temps s’installait de façon durable, la fraie des carpes dans ma région se déroulait généralement autour de la première quinzaine d’avril, laissant place à une pêche plus sereine une fois les ébats amoureux passés. Aujourd’hui plus rien ne vaut, nous voyons des semaines de janvier, février, avec un temps digne du printemps, suivies de grands froids, de même que les chutes de températures au cours du mois de mai deviennent légion. Une certaine irrégularité qui complique encore plus la pêche, il n’est tout simplement plus possible de prédire le temps, tant celui ci se veut changeant et instable. Il n’est pas rare depuis quelques années de voir les poissons frayer courant juin, voire début juillet, bloquant ainsi la situation durant toute la période printanière, avec des poissons poussés par l’envie de frayer mais perturbés par une météo en dent de scie. Tant que la période de reproduction n’est pas passée, les carpes restent préoccupées par la pérennisation de l’espèce et les phases d’activités alimentaires sont souvent courtes. Dans ce contexte il est difficile de connaître à l’avance l’activité des carpes et donc de savoir quelle stratégie d’amorçage sera la plus adéquate.

 

La gestion de l’amorçage au printemps est déterminante, suivant l’activité du poisson, il est préférable d’amorcer peu en début de pêche, et dans le cas où les touches commencent à s’enchaîner, pouvoir augmenter les quantités de façon à tenir le poisson sur la zone.

Menu gastronomique pour carpes tatillonnes

Comme il est impossible de prédire à l’avance quelle sera l’activité de nos chers cyprins, il faut pouvoir faire face à toutes les situations, de ce fait, mieux vaut prévoir beaucoup d’appâts au cas où les poissons seraient enclins à s’alimenter avec frénésie. Mais ce n’est pas parce que l’on prend avec soi 10, 15 voire 20kg d’appâts pour la session qu’il faut verser des seaux entiers dans l’eau dès son arrivée ! Ne sachant pas si les carpes seront en pleine phase d’activité alimentaire, il est préférable à cette période de jouer la prudence et de miser sur des amorçages au spot en proposant des appâts de qualité, bien placés, afin de tester le taux d’activité du poisson. Il est toujours plus facile d’amorcer peu et d’en rajouter au fur et à mesure si les poissons se montrent mordeurs, plutôt que d’en mettre beaucoup dès le début, et se trouver face à des poissons qui ont un appétit d’oiseau, où il ne sera alors plus possible d’en enlever. Au printemps, mettre trop d’appâts dès le début de la pêche peut dans le meilleur des cas retarder l’arrivée des premières touches, et dans le pire des cas anéantir toute chance de prendre une carpe si ces dernières ne ramassent que les miettes, sans grand appétit. L’idéal selon moi est donc de rester raisonnable au niveau des quantités, en se limitant à une poignée d’appâts ou deux autour du montage, afin de voir dans un premier temps si le poisson répond présent ou non. Le fait d’amorcer de façon légère permet également de pouvoir déplacer ses cannes si au bout de 24h les détecteurs sont restés muets, sans signe d’activité sur nos spots alors que de nombreux poissons se manifestent plus loin, situation plus délicate si les cannes pêchent sur des amorçages conséquents, ce qui entraînera inévitablement la question classique « est ce que je bouge les cannes ou le poisson va t-il finir par rentrer sur l’amorçage ? ». Pêcher au spot ne veut pas forcément dire placer toutes ses cannes à la même sauce. Ne pouvant prédire l’activité du poisson, et surtout, tous les poissons n’ayant pas la même activité au même moment, il est tout à fait possible d’amorcer une canne avec 1kg d’appâts dès le départ, pour voir justement si certains poissons ne seraient pas plus réactifs que les autres, ou du moins plus gourmands quelles que soient les conditions du moment. Pêcher au spot sur deux ou trois cannes permet de tester plusieurs coups et ainsi savoir si le poisson et là et prêt à se nourrir de façon assez rapide, car généralement, si le poisson est présent, les premières touches doivent intervenir dans les premières 24h. Dans le cas où le poisson ne répond pas de façon rapide sur les cannes en têtes chercheuses, avoir une canne ou deux placées avec un amorçage d’un kilo ou deux peut éventuellement permettre de toucher du poisson au bout de 24h à 48h, ce qui dans certains cas peut sauver le capot lorsque les cannes au spot restent muettes.

Les beaux jours sont là et nos envies de pêche sont grandes, mais les carpes s’alimentent-elles régulièrement ?

Buffet à volonté, pas n’importe où, pas n’importe quand !

Dans notre pêche l’amorçage reste une valeur sûre pour prendre du poisson dans de nombreuses situations. N’oublions pas que la carpe est un cyprin, et comme beaucoup de ses congénères cyprinidés et poissons blancs, ce sont des poissons qui réagissent très bien à l’amorçage, donc à la nourriture facile. Je vais prendre un exemple très simple et très parlant, avez vous déjà vu beaucoup de pêcheurs au coup pratiquer avec un asticot à l’hameçon en single et rien d’autre autour ?! Les poissons blancs ont donc besoin d’être attirés sur des coups amorcés, certes la carpe est un poisson qui nage et se déplace beaucoup, ce qui nous permet de la piéger sur son parcours avec très peu d’appâts. Néanmoins, la pêche au spot ne permet pas de garder un banc de carpes sur place mais uniquement de prendre un poisson du banc à chaque passage. L’amorçage est donc indispensable pour réaliser une vraie bonne pêche, son but va être de fixer le banc de poissons sur une zone, de façon à pouvoir enchaîner les touches dans le temps, tout en permettant à d’autres poissons et d’autres bancs de venir se joindre à la fête. Vous me direz, tout cela est bien joli, mais quelques lignes plus haut, je vous expliquais qu’il était préférable d’avoir la main légère au printemps, alors que faire ? La meilleure façon pour mettre en place un bon amorçage est d’attendre mais surtout de bien connaître le lieu où l’on pêche. Attendre que le printemps se soit vraiment installé de façon durable, même si de légers coups de froids interviennent, l’idéal est d’attendre que l’eau se soit suffisamment réchauffée sur l’ensemble du lac ou de la rivière, de façon à ce que les secteurs les moins profonds et les mieux ensoleillés aient permis aux carpes de s’adonner à leurs ébats amoureux. Dans le cas où les poissons n’auraient pas encore frayé, ce qui est difficile à savoir si l’on est pas en permanence au bord de l’eau, il est judicieux d’attendre que la température de l’eau soit passée de façon durable au dessus du seuil des 15°C, et cela sur l’ensemble de la pièce d’eau. Une fois ce cap passé, nous sommes déjà plus à l’abri d’un coup de froid qui viendrait perturber l’appétit des carpes. Bien que mettre en place un amorçage au printemps reste toujours un coup de poker, il ne faut pas croire que parce que l’on va déverser 5 à 10kg d’appâts sur un spot, les carpes vont toutes déferler sur la zone ! Suivant les cas, il faut du temps pour qu’un amorçage se construise et se mette en place.

En début de printemps mieux vaut garder la main légère et proposer des appâts de bonne qualité et très attractifs.

Mais alors où et comment amorcer?

Dans un premier temps, tout va dépendre du cheptel du lieu, dans une gravière inondée de nourriture naturelle où nage une petite population de carpes, mieux vaut éviter de benner en début de saison. Les gros amorçages trouvent un meilleur emploi sur des sites où nage une très forte densité de carpes. Même si comme partout la pêche n’est pas une science exacte, il sera logiquement plus facile de concentrer du poisson en nombre dans un lieu où le cheptel est conséquent. Ensuite il faut privilégier les zones où vont se tenir les carpes à cette période, c’est à dire les zones peu profondes où l’eau sera déjà bien réchauffée depuis plusieurs semaines, inutile de préciser qu’un amorçage printanier dans 20 mètres d’eau risque de se sentir bien seul… La connaissance du lieu est donc primordiale, connaître les zones que fréquentent les carpes est indispensable si l’on ne veut pas gaspiller une grosse quantité d’appâts. En termes de quantité justement, il est difficile d’établir un schéma sur papier, tout va dépendre du lieu et des conditions, mais disons que quelques kilos répartis sur une zone de 10 à 20 mètres carrés est une bonne base. Ensuite tout va dépendre de la réponse des carpes à cet amorçage de base et suivant les cas, il faudra soit réduire la zone et la quantité, soit au contraire si beaucoup de poissons rentrent sur la zone, élargir la zone afin de concentrer un maximum de poisson. La durée de pêche est également à prendre en compte, sur une pêche de 48h, il sera peut être préférable de n’amorcer qu’un kilo ou deux, de cette manière les premiers départs mettront moins de temps à venir, alors que sur une session de plusieurs jours, l’amorçage aura le temps de se construire, et il sera moins gênant de perdre 24 à 48 heures avant que le poisson ne s’installe sur la zone.

Quand le poisson montre des signes de frénésie alimentaire, mieux vaut avoir prévu suffisamment d’appâts.

Vous l’aurez compris, le printemps est une saison délicate où il est quasiment impossible de tirer des plans plusieurs semaines à l’avance. Le facteur le plus important reste la météo et quelles que soient nos envies de pêche, tout devra être mis en place en fonction de celle-ci.

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