Pêche à la carpe aux piles de pont : le hot-spot à prospecter

La carpe connaît son environnement sur le bout des nageoires. Elle fonce systématiquement vers les obstacles ou structures en cas de départ. On peut justement la traquer dans ses zones refuges, en se fixant comme objectif d’exploiter les piles de pont, pylônes et balises de navigation. Ces repères pour les hommes sont régulièrement visités par les carpes…

Dans les eaux du domaine public, il existe de nombreux cas de pêches dites « fortes ». Non pas des approches de bourrin, mais des pêches au plus près du poisson, et des structures diverses dans lesquelles il passe une partie de son temps. On parle bien là de combat en force et de frein serré. Il n’y a pas vraiment d’autres choix, sinon de renoncer à y déposer ses lignes.

 

La tentation de l’obstacle…

Autant de pratiques qui ne souffrent pas l’à peu près au niveau de la solidité de la ligne. Cette dernière devra -selon les spots et la nature du risque de casse- être montée en conséquence. On peut sans hésiter avoir recours à des têtes de ligne, voire à un corps de ligne de 60 à 80 centièmes. Avec toujours, dans un coin de la tête, une préoccupation éthique vis-à-vis du poisson. Si la pêche fonctionne, tant mieux. Si elle génère des casses répétées avec perte de têtes de lignes qui vont au fil du temps mutiler des carpes, c’est sans doute préférable de tout arrêter. Mieux vaudra alors pêcher à 200 mètres de l’obstacle dans une zone peut être moins visitée, mais aussi moins meurtrière pour notre partenaire de jeu. Au petit jeu de la bonne conscience, chacun voit midi à sa porte. Inutile de développer sur ce sujet. L’essentiel est que chacun prenne ses responsabilités. Revenons à nos chères « piles de pont » qui riment avec « carpes à foison ».

Pêche de la carpe aux piles de pont
Une zone de jeu comme il en existe des centaines.

Piles de pont, spot à thon…

Quand on parle de poser des lignes vers des super structures comme de gros pylônes par exemple, on doit bien comprendre ce qui se joue. Il s’agit de piéger la carpe dans une de ses zones de sécurité. Et plus on va la pêcher dans l’obstacle, plus elle va essayer d’en jaillir. C’est un jeu à double tranchant, mais avec un bon positionnement de ligne -on va aborder ce point précisément- on peut réaliser des pêches surprenantes. Les carpes sortent comme des furies des obstacles les plus imposants pour gagner la grande masse d’eau dans laquelle un combat fort et une montée en surface la rapprochera irrémédiablement de votre épuisette. Des expériences mythiques qui font monter gravement le taux d’adrénaline ! Rappelons quelques banalités, qui, mises bout à bout, nous dictent une pêche vers ces structures massives… Les carpes, et parmi elles les plus gros sujets, connaissent parfaitement les zones les plus encombrées. Elles s’alimentent sur les spots les plus riches. Enfin, elles fréquentent un maximum des zones de confort qui sont liées -entre autre- aux températures et au courant. Quand on parle de pylônes et de piles de pont, on est bien dans un cas de pêche en fleuve ou en rivière, la plupart du temps. Et en rivière, qu’est ce qui casse mieux le courant et entasse le mieux les obstacles et la nourriture naturelle qui s’y accumulent, sinon les piles de pont ? De quoi nous inspirer, car bien des signaux sont au vert pour y taquiner la carpe…

Pile de pont, zone à cochons… Une superbe grande commune de rivière.

L’angle d’attaque à méditer

Un tel challenge doit s’accompagner d’une certaine réflexion. On ne pratique pas des pêches fortes à la « one again » en buvant des bières avec les copains à 150 mètres des cannes. Il s’agira plutôt de réfléchir au positionnement d’un minimum de cannes. L’idéal pouvant être 1 canne en amont et 1 canne en aval. Etant donné le frein relativement serré qu’il convient d’avoir, il peut être utile d’arrimer vos cannes. Cela peut éviter bien des mésaventures et la perte onéreuse de matériel. Ne riez pas ! C’est arrivé à plus d’un pêcheur de carpes ! 500 euros qui sautent à l’eau, dans 4 mètres, à raz d’une digue, je l’ai vécu. La canne de mon binôme a sombré et n’a jamais été retrouvée. Une commune de 13 kilos vous fait ployer un pique mal planté en moins de deux et sauter la canne lors du départ. Une fois résolue cette question, pas si saugrenue que ça, il faudra penser à la stratégie de combat. Et pour cela il faudra répondre à quelques questions : dans quel sens vais-je pouvoir extirper la carpe ? De quel côté serait-il préférable qu’elle tente de fuir ? Il s’agira non seulement de déterminer l’angle d’attaque mais surtout de maîtriser un tant soit peu votre approche. La connaissance du spot pêché est primordiale. Après quelques sondages, vous aurez une connaissance empirique qui vous indiquera si l’obstacle est doublé d’un amas de bois immergé, ou si un simple tronc est coincé en tête depuis la dernière crue.

Suite à de grands linéaires de rivières, l’obstacle « emmagasine » ce qui dérive. Souvent on trouve en ces lieux des configurations type : amas de blocs de pierres ou grande dalle. En vous déplaçant en bateau autour du spot, vous comprendrez l’influence hyper importante des courants et contre courant ainsi que de la zone de remous. Passer du temps à décrypter une zone de pêche, ce n’est jamais en pure perte. Au mieux vous prendrez beaucoup de très belles carpes, au pire, vous saurez comment en perdre le moins possible dans les obstacles.

Une canne attachée est une canne qui ne sera pas perdue au fond de la rivière. Tirer parti de l’environnement fait partie du jeu…

Intercepter le poisson sans nécessairement le nourrir

Un amorçage simple en J-2 est tout à fait opérant. Il est inutile de vouloir fixer ou accoutumer des carpes sur des lieux qu’elles ont déjà l’habitude de fréquenter ! Les grands obstacles qui jalonnent la rivière sont, comme on l’a évoqué, des « accumulateurs » de bois mort. Et par voie de conséquence, ils concentrent l’ensemble de la chaîne alimentaire, du gammare aux dreissènes jusqu’à tous les poissons que nous ciblons. Dans ce contexte, quelques appâts font l’affaire pour la pêche. 2 kilos de bouillettes fraîches semblent un maximum en amorçage sauf si vous pêchez dans une rivière infestée de barbeaux, brèmes et chevesnes enragés. Alors il faudra privilégier des bouillettes de 24mm bien durcies. Retenez l’idée d’intercepter le poisson plutôt que de le nourrir. La plupart des pêcheurs ont un automatisme de largage d’appâts -en quantité- ce qui, la plupart du temps, va à l’opposé d’une pêche rapide sur du poisson de tenue. Si l’on veut procéder par finesse et par élimination, il faut d’abord avoir la main légère sur l’amorçage et commencer par pêcher au plus près de l’obstacle. Nombre de cyprins circulent quotidiennement à 1 mètre de la base d’une balise de navigation ou d’une pile de pont. C’est inutile de commencer votre première pêche plus loin de l’obstacle. Il est fréquent en milieu urbain de pêcher à raz de la structure. Mais avant de pratiquer une telle pêche, il convient de garder en tête les points cruciaux qui vont être développés plus bas…

Ayez la main légère sur l’amorçage ; si les carpes visitent régulièrement les lieux, inutile de benner.

Balises, pylônes, piles de pont, les avantages de ces pêches

Balayons quelques éléments essentiels qui devraient éclairer votre jugement. Rappelons en préambule que les carpistes qui pêchent en binôme ont tôt fait de tendre 8 lignes. C’est la norme. Cela déploie une quantité de bannières peu propice à la discrétion et tisse une « toile d’araignée » assez néfaste à la pêche. C’est précisément ce qu’on peut éviter de faire avec la pêche d’obstacle. On met en place avantageusement une pêche courte avec peu de bannière. Et la différence est énorme en matière de discrétion. De surcroît, étant donné la relative simplicité d’installation avec 1 ou 2 cannes, on peut pêcher plus vite et plus de spots, parfois dans une même journée. C’est la porte ouverte à une prospection digne de ce nom. Et pourquoi pas, à la découverte de carpes exceptionnelles. Il m’est arrivé d’être très bien récompensé en procédant ainsi lors de pêches de matinées sur de grandes rivières et autres fleuves. La plupart de mes plus grosses carpes communes ont été prises vers des balises de navigation. Cette expérience est à chaque fois originale et grisante. Enfin, le dernier argument, qui n’est pas des moindres : on pêche à l’abri de la pluie lorsque l’on s’attaque aux piles d’un grand pont autoroutier ou ferroviaire. Il est bien pratique de se trouver parfaitement sous un immense couvert qui pare à toutes les intempéries. Le gros temps n’a pas de prises sur vous. Et ça, à la carpe… ça compte.

Une belle commune de rivière, prise au coup du soir, à 1 mètre d’une structure de béton.

Les inconvénients à trop pêcher les structures

Il ne faut pas non plus dépeindre un tableau idyllique de ces pêches de grandes structures de fer ou de béton… Car ces environnements sont souvent très spéciaux. Qui dit pile de pont dit souvent zone urbaine, avec son corollaire de nuisances liées au bruit de la route, de l’autoroute ou de la voie ferrée. Inutile de préciser que, niveau sécurité, c’est rarement le top. Zonard, squatteur, sans abri… le dessous des ponts révèle la marge de notre société. C’est une réalité crue. Autant d’états de faits qui peuvent peut être vous faire envisager une pêche « de jour », plus sécurisante. Quant aux poissons, ils ne vous feront aucun cadeau au combat. Imaginer s’éloigner des cannes serait une erreur de débutant. Ces zones sont souvent encombrées et les casses potentielles dans les amas de bois sont légions pour celui qui pêchera en dilettante. Et pour celui qui sera concentré, au cul des cannes, il faut, dans ce type de pêche, accepter la perte de plombs en très grand nombre. Si la pêche consiste à fouetter une canne vers la balise de navigation et que cette dernière est envahie de bois, il conviendra peut être d’opter pour une dépose en bateau avec en guise de plomb de grosses pierres de 300 grammes. Enfin, l’angle de placement devra être bien pensé pour extirper et dérouter le poisson. Il vous faudra comprendre et bien pêcher les courants et contre-courants. Et aussi savoir composer avec les silures qui adorent ce type de postes, ce qui peut vite devenir gênant. Évitez donc de mettre à l’eau des appâts hyper appétant, comme par exemple, du Frolic. Vous finiriez par pêcher sur un nid de glanes avec des casses à répétition sur des sujets de 30 ou 40 kilos qui vivent, la plupart du temps, tapis dans le bois mort accumulé. D’expérience ; il vaudra mieux alors abandonner le poste. Une balise de navigation 500 mètres plus haut sera peut-être votre nouveau hot spot.

Une pêche assez facile mais qui ne tolère pas de s’éloigner des cannes.

Pêcher ces zones demande bien souvent d’être au plus proche de l’obstacle. Prenez garde à votre matériel qui risque d’être fort sollicité par la puissance des rushs. Faites également attention aux poissons en utilisant un montage sécurisant évitant ainsi de leur laisser du fil et un plomb accroché en cas de casse. Prenez également vos précautions pour mettre vos poissons à l’épuisette et sur le tapis, cela ne s’improvise pas au dernier moment.

Attirantes piles de pont en zone urbaine… mais attention aussi à la sécurité des lieux.

 

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